LE RYTHME D'UNE NUIT EN COURSE AVEC PIERRE

J’ai interrogé Pierre, habitué des courses au large en solitaire, pour lever le mystère sur la gestion de ses nuits en mer. Avant de vous lancer pour votre première nav, ces conseils peuvent vous être utiles !

Une nuit en course avec Pierre

Dis Pierro, moi sur un bateau je ne fais que dormir alors je me demandais comment tu gères ton sommeil quand t’es en solo ?

“ Je dors généralement par tranches de 20 minutes, c’est le meilleur rythme que j’ai trouvé. Il m’est arrivé de dormir un peu trop sur une course mais ça m’a sorti de la course parce que je n’arrivais plus à me réveiller vraiment. Des breaks de 20 minutes, ça me permet de ne pas tomber dans un sommeil trop profond et de garder le rythme. Surtout, dormir plus de 20 minutes quand on est en solo c’est dangereux, on peut s’échouer ou avoir une collision donc il faut faire attention !”

Pierre accompagné de Léo au départ de la Duo Concarneau

Comment tu fais pour partir dormir serein et être sûr que tu vas pas foncer dans quelque chose ?

“J’ai une petite routine avant d’aller me coucher, je m’y prends 5 minutes en avance pour enclencher mon pilote automatique, je le règle et je prends le temps de vérifier s’il barre bien. Il faut faire attention qu’il soit bien en “mode compas” et non en “mode vent”. Il y a des gens qui laissent le mode vent, c’est à dire que le bateau garde un angle au vent, mais ce n’est pas conseillé, on peut avoir des surprises si le vent change de direction quand on dort ! Deuxième point, je ne dors jamais sur un bord rapprochant de la côte parce que si jamais je ne me réveille pas, je n’ai pas envie de manger la côte à pleine allure !”

Et les autres bateaux de la course, les cargos, les pêcheurs, t’as pas peur ?

“Si, c’est mon dernier check une fois que mon pilote est bien mis. Je vérifie qu’il n’y a pas de dangers alentours pour ne pas entrer en collision ou qu’on me rentre dedans. Je fais ça en 4 étapes :

- la partie visuelle : je regarde autour de moi si le champ est libre ;

- la partie cartographie : je regarde si je ne suis pas dans une “zone dangereuse” c’est à dire avec des pêches, des cargos, etc ;

- la partie instrument : je traque sur mon AIS (radar) qu’il n’y a pas de dangers apparents ;

- enfin, si je suis en course, j’appelle les concurrents les plus proches de moi à la VHF, sur le canal de course, pour les prévenir que je vais dormir. Si je vais plus vite que celui de devant par exemple, je le préviens et je lui dis que je vais plus vite, même si mon pilote est réglé pour ne pas lui rentrer dedans il reste tout de même vigilant et s’il voit un danger il me préviendra. D’ailleurs, un truc super important pour la VHF : toujours être en double veille, branché sur le canal de course et le canal 16, s’il y a un danger on te préviendra sur un de ces deux canaux avec des appels répétés.

Si j’enchaine les siestes de 20 minutes parce que les conditions me le permettent, toutes les 20 minutes quand je me réveille, je remonte pour faire au moins un check visuel et instrument. Si besoin je fais quelques réglages puis je repars pour 20 minutes de dodo !”

Pierre lors du départ de la Mini en Mai

Tu aurais un petit conseil pour dormir sereinement malgré tous les dangers potentiels ?

“Pour bien dormir, il faut avoir bien préparé la course en amont et identifié les zones propices pour pouvoir dormir. Tu dors vachement mieux car t’es plus détendu !”

Moi, je mets 5 réveils tous les matins parce que je n'arrive pas à me réveiller, comment tu fais pour être certain de te lever ?

“Première chose que je fais quand je descends dans la cabine, je mets mon réveil. Il faut choisir un truc qui dépote avec un son de type alarme incendie comme ça t’es sûr de te réveiller ! J’ai aussi un réveil de spare au cas où le premier tombe en panne. J’ai un petit conseil aussi : je double mon réveil avec un compte à rebours de 20 minutes sur ma montre. Comme ça, une fois installé dans ma banette, si je me réveille au milieu d’une sieste en panique et pensant avoir raté le réveil je peux facilement savoir où j’en suis de ma sieste. Ça m’évite tout simplement d’avoir à sortir de ma couchette pour vérifier le réveil parce que je ne l’ai pas à proximité, avec la montre c’est moins chiant !”

Pierre lors du départ de la Mini en Mai

Pour finir, t’as une petite anecdote de nuit en mer ?

“Lors de la Mini en Mai j’étais juste derrière Vincent, un autre copain qui fait du mini (bateau numéro 679), je dormais et je l’ai rapidement rattrapé... Heureusement qu’il m’a laissé passer parce que je lui fonçait droit dessus ! Je ne l’ai appris qu’à la remise des prix le lendemain mais il a eu une belle frayeur, d’où l’intérêt de prévenir ses concurrents quand on va dormir.”

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